Association France Palestine Solidarité 04

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La bataille l'huile d'olive palestinienne

Bernard Ravenel

Solidarité globale

« Huile d'olive, café équitable, lessive sans phosphates... En 2003, un Européen sur quatre aurait choisi et acheté au moins un produit pour des raisons politiques, éthiques ou environnementales » (Alternatives internationales, novembre 2004).

Dans ce contexte politique favorable, la question posée au mouvement de solidarité par le présent et l'avenir de l'huile d'olive palestinienne nous oblige à pratiquer et penser le soutien à la Palestine d manière beaucoup plus 'globale' qu'auparavant.

Par rapport au tiers-mondisme des années 70, le mouvement actuel de solidarité internationale devient de plus en plus un mouvement de 'citoyenneté globale' dans la mesure où il est en train de changer de sens et aussi de contenu. Le moment de tournant aura peut-être été la campagne d'isolement économique et politique menée contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud. Peut-être aussi avec le soutien à la première Intifada palestinienne (1987-1993).

Désormais, au-delà de la 'solidarité classique' aux mouvements de libération nationale, c'est toute une galaxie d'ONG qui coopèrent avec le Sud du monde et parmi elles, celles qui, nombreuses, entendent proposer et porter une alternative à partir d'une critique concrète des mécanismes de l'injustice économique et sociale. Il y a eu aussi des campagnes de boycott de certains produits ciblés (oranges Outspan, Nike, Coca-Cola...) Il ne faut pas oublier bien sûr les expériences d'interposition pacifique, cette 'diplomatie d'en-bas' pratiquées en Palestine.

De tout cela, il résulte qu'à la différences des décennies précédentes, c'est le type de rapport, de relation, entre les personnes et les organisations, qui a profondément changé. Il s'agit souvent d'un rapport direct d'échange réciproque et aussi de critique constructive réciproque... De ce point de vue, la notion de 'soutien inconditionnel' n'a plus aucune pertinence. La solidarité tend naturellement à devenir 'collaboration'. Nuance? Non, parce qu'elle implique précisément d'abandonner tout paternalisme à l'égard des peuples concernés pour le remplacer par une relation d'égal à égal.

Il ne s'agit plus seulement de récolter des fonds de laine de la charité ou de l'assistance même si cela reste indispensable pour la survie quotidienne.
C'est ainsi que les missions-voyages de solidarité parmi les Palestiniens deviennent l'occasion pour pratiquer, à travers des projets élaborés en commun, cette collaboration. Y compris aussi pour ramener en Europe non seulement des motivations complémentaires d'agir et d'aider mais aussi pour réfléchir sur la politique d'ensemble qui doit être menée.

Une double perspective

La question de l'huile d'olive palestinienne nous pose alors une série de problèmes fondamentaux qui ne peuvent plus être éludés et donne une dimension globale à la relation de la Palestine avec le reste du monde. Là aussi elle nous oblige à conjuguer le plus efficacement possible urgence et durée et à construire les éléments d'une autre politique, d'un autre rapport Nord-Sud en Méditerranée. Ce qui suppose à la fois de mettre en oeuvre la solidarité immédiate telle que proposée par les acteurs palestiniens et français et d'intégrer, de fonder cette solidarité vitale sur une double perspective d'ensemble.

D'abord, bien sur, sur une perspective politique. Car le débat sur l'économie palestinienne ne peut que partir de la situation d'occupation coloniale et militaire par Israël de tout le territoire-terroir palestinien. En effet, le contexte déterminé par le lien total de l'économie palestinienne à l'économie israélienne dans une relation de dépendance sans alternative résulte de la souveraineté de fait qu'exerce le pouvoir israélien sur l'ensemble du bloc Israël-Palestine. L'Autorité palestinienne ne dispose d'aucune possibilité véritable pour mener une stratégie créant les conditions d'une certaine autonomie économique, ceci d'autant plus que les institutions internationales lui imposent le modèle libéral.
C'est tout le problème de la viabilité économique de la future Palestine indépendante.

Ce qui, du même coup, signifie que s'établit un lien étroit entre bataille pour l'ouverture d'un processus politique pour l'indépendance politique et construction d'une économie 'indépendante' – moins dépendante de l'économie israélienne.

Refonder la coopération

C'est dans ce cadre que se situe la 'bataille de l'unité'. Cette bataille est nécessairement internationale car elle doit s'appuyer sur des partenaires économiques et politiques internationaux. (étatiques et non-étatiques) pour mener et définir ensemble une stratégie de développement et de souveraineté alimentaire.
Désormais en Méditerranée il n'y a plus de Nord et de Sud économiquement et même socio-culturellement séparés, étrangers l'un à l'autre. Le Sud est dans le Nord et met à l'ordre du jour la constitution d'un ensemble sociétal multi-culturel ou mieux, inter-culturel, hybride, métissé cassant les entités traditionnelles et excluantes. Le processus de mondialisation-régionalisation a constitué de fait un ensemble euro-méditerranéen qui depuis la conférence de Barcelone en 1995 devient un espace de confrontation politique incontournable en partant d'un double refus : celui de l'Europe-forteresse au Nord et celui d'un repli islamiste au Sud, deux refus qui s'accompagnent d'un troisième : celui d'une logique d'affrontement sans issue et destructive de l'ensemble.
C'est donc la question du contenu d'une coopération nouvelle de la politique méditerranéenne qui est posée à partir des victimes sociales et politiques du processus lancé à Barcelone qui amène ces victimes à élaborer ensemble les éléments d'une autre politique. De ce point de vue les ONG palestiniennes impliquées mais aussi les syndicats, apportent une contributions très utile en articulant droits politiques et civils d'un côté et droits économiques et sociaux de l'autre. L'enjeu est un projet de co-développement entendu comme un processus d'intégration entre deux zones géographiques de plus en plus interdépendantes, sortant d'une logique d'assistance pour elles en direction d'une aide réelle à la constitution au Sud de la Méditerranée de systèmes productifs plus solides, plus diversifiés, compétitifs, capables de répondre aux exigences de l'accumulation et aux besoins d'emploi : un co-développement co-décidé par les sociétés et unilatéralement imposé par les Etats du nord qui permettraient un plus grand degré de convergence dans les niveaux de développement.
Mais tout ce projet a un préalable absolu : la fin de l'occupation des territoires palestiniens.

Paix, justice et développement

Avec le projet 'huile d'olive', l'AFPS se trouve en quelque sorte contrainte à faire un saut qualitatif dans sa solidarité avec le peuple palestinien. Cela l'oblige à élargir à la fois ses interlocuteurs, ses alliances, ses partenariats, son champ d'action et de réflexion mais cela redonnera à la solidarité une efficacité, un contenu et un sens qu'elle n'a jamais eus.
Peut-être est-ce à partir de la Palestine que l'on peut concrètement penser et construire un nouveau rapport Nord-Sud, c'est à dire en dernière analogie, un autre monde...Solidairement et globalement...

Bernard Ravenel
Paris, le 2 mai 2005
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