Association France Palestine Solidarité 04

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Marie-George Buffet : « Faisons tomber les murs »
article paru dans l'Humanité du 17 novembre 2004

Lors de la soirée d’hommage du Parti communiste français à Yasser Arafat, Leïla Shahid s’est félicitée de la campagne que se propose d’engager le PCF contre la funeste muraille de Sharon

 

Plusieurs centaines de personnes ont assisté lundi soir à l’hommage à Yasser Arafat organisé au siège du Parti communiste français. Ce fut une soirée de solidarité, vibrante d’émotion où furent salués la mémoire du dirigeant disparu et son combat qui s’inscrit plus que jamais dans la continuité. Devant le portrait du président palestinien dessiné par Ernest Pignon-Ernest, des militants venus dire leur tristesse et leur volonté de poursuivre la lutte aux côtés du peuple palestinien. Il y a là « de vieux amis d’Abou Ammar » comme Jacques Couland, professeur émérite, spécialiste des pays arabes, et son collègue Gérard Fa, membre fondateur du Collectif interuniversitaire pour la coopération avec les universités palestiniennes (CICUP). « J’ai passé à la Mouqata trente jours et trente et une nuits, se souvient-il. Nous sommes arrivés avec quarante internationalistes le 28 mars 2002, le jour où Sharon a lancé l’offensive contre le quartier général de l’Autorité palestinienne. Ce soir-là, je crois que nous avons vraiment sauvé la vie d’Arafat, l’armée israélienne n’est pas allée jusqu’au bout de ses actes, elle voulait l’éliminer. Tous les soirs durant le siège, Yasser Arafat venait nous voir et discuter avec nous. »

Une jeune femme, Randa, d’origine palestinienne, passe dans l’assistance portant à bout de bras le drapeau palestinien sur lequel elle a écrit au feutre noir « Merci la France ». Aux côtés des militants français pour la paix, des communistes et des progressistes irakiens, iraniens, marocains, tunisiens sont là.

Marie-George Buffet rappelle qu’« il incarnait la Palestine, que son keffieh est devenu le symbole de la rébellion et de la solidarité ». « J’ai rencontré deux fois le président palestinien, dit-elle, il portait en lui ce dessein de la paix. » Elle souligne la maturité du mouvement qui au lendemain même de la disparition de son chef historique a proposé dans les soixante jours la tenue d’élection. « Il est important qu’elles se tiennent pour l’avenir de la paix. Il est plus que temps de sortir de l’impasse. L’Union européenne pourrait être un acteur clé d’un processus qui devra aboutir à deux États souverains côte à côte dans une sécurité partagée. Et dans ce processus la voix de la France pourrait être déterminante », souligne Marie-George Buffet qui tient à dire sa reconnaissance à son pays pour avoir traité Yasser Arafat comme il l’a fait.

La secrétaire nationale appelle à « renforcer aussi la solidarité avec les pacifistes israéliens et à faire tomber les murs ». Elle propose ainsi que le PCF organise une grande campagne comme il l’avait fait pour exiger la libération de Nelson Mandela avec comme mot d’ordre « Faisons tomber les murs ».

Bernard Ravenel, de l’association France Palestine Solidarité, rappelle la longue marche du mouvement palestinien depuis 1967 et l’intelligence politique dont a fait preuve Yasser Arafat. Il déplore amèrement le matraquage de certains commentateurs sur le « double jeu » du dirigeant de l’OLP, lui qui est passé de « la politique des armes aux armes de la politique ». « Il a imposé, poursuit-il, l’existence politique internationale du peuple palestinien qui a empêché Israël d’établir sa souveraineté sur toute la Palestine. Il a su transformer la révolution palestinienne en cause palestinienne et il a démontré que le problème ne pouvait être résolu que dans un contexte international. Le courage d’Arafat a été d’accepter le compromis historique et de le faire admettre à son peuple. Il a su indiquer tous les parcours possibles. »

« J’ai eu la joie de connaître Abou Ammar et de le rencontrer à plusieurs reprises et particulièrement ces dernières années où il était enfermé illégalement à la Mouqata », nous rapporte Fernand Tuil de l’AJPF (Association pour la promotion des jumelages entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes de France). « Quand je m’indignais de ce qu’il endurait durant cette détention illégale, il me répondait : “Moi ce n’est rien, c’est mon peuple qui souffre.” Il disait aussi : “Je ne vous demande pas d’être les ennemis du peuple israélien mais d’être ses amis pour qu’il écoute vos conseils.” Il nous accueillait avec beaucoup de chaleur et ne manquait jamais d’exprimer son attachement au règlement de la situation intolérable des réfugiés palestiniens. Ces rencontres étaient pour nous l’occasion de transmettre son message aux réfugiés que nous rencontrions dans les 59 camps existant et où il lui était interdit de se rendre, en Palestine mais aussi au Liban, en Syrie en Jordanie. Yasser Arafat a œuvré toute sa vie pour la paix et la reconnaissance de son peuple. Pour faire vivre sa mémoire et poursuivre son combat, nous proposons avec nos partenaires palestiniens, après la période de deuil, d’organiser une délégation d’élus et de citoyens pour exprimer notre solidarité et affirmer la continuité de nos actions. »

Elias Sanbar, directeur de la Revue d’études palestiniennes, évoque, lui aussi, « la relation unique de Yasser Arafat avec son peuple. Un inexorable attachement qui a fait qu’aujourd’hui le peuple palestinien est debout ». Elias Sanbar relève qu’une nouvelle bataille politique est dès maintenant engagée pour les élections.

La soirée se poursuit par un hommage poétique et musical - avec le musicien iranien Abbas Baktari - au dirigeant disparu. Comédienne et metteur en scène, Barbara Bouley lit un de ses textes inspirés de l’épopée du Mésopotamien Gilgamesh sur la guerre. L’auteur dramatique Mohamed Rouahbi nous emmène dans l’univers du poète palestinien Mahmoud Darwish avec le célèbre : Rien qu’une année, rien qu’une autre année. La chanteuse israélienne Sarah Alexander rappelle que, née dans un kibboutz, elle s’est mise « au service de la paix le septième jour après la guerre des Six-Jours ». Elle raconte comment, dans un village de Palestine, elle a fait la connaissance des parents de Mahmoud Darwish, alors que, lui-même, exilé et loin des siens, il ne pouvait même plus toucher « la natte de sa mère ». L’Israélienne Sarah récite le poème Rencontre du Palestinien Mahmoud. « J’ai compris ce texte le jour où je l’ai rencontré », dit-elle.

Moment fort d’émotion lorsque Leïla Shahid se lève et va embrasser Sarah. La déléguée générale de Palestine en France prend la parole. Mais ses premiers mots se perdent dans l’ovation que lui réserve l’assistance debout. Elle applaudit à son tour et se tourne vers le portrait de Abou Ammar lui dédiant l’hommage. « Vous êtes venus ce soir partager notre deuil. J’ai en vous une famille et vous êtes la grande famille de Yasser Arafat, lance-t-elle. Leïla Shahid rappelle que ce dernier ne voulait pas quitter Ramallah pour se faire soigner et que la seule proposition qu’il ait acceptée a été celle de la France. Ce fut son choix parce que la France a toujours tenu une grande place dans la cause palestinienne. Je suis fière de travailler dans un pays qui a eu un geste si fort. Mais c’est aussi votre solidarité, votre travail qui en est à l’origine. Votre président a exprimé vos souhaits », relève-t-elle. « Yasser Arafat est la dignité palestinienne. Il était aussi l’homme à combattre parce qu’il a su dire non au président des États-Unis et à l’hégémonie américaine. On cherche à assagir les peuples du monde pour que cette hégémonie s’impose. Arafat a refusé de se laisser assagir. Sa grande victoire est d’avoir ramené l’Autorité palestinienne chez elle. Mais notre combat n’est pas seulement national. Il est plus grand encore. Il s’inscrit dans une lutte plus vaste contre l’hégémonie des États-Unis. C’est un combat pour une éthique, une Résistance pour la justice, l’équité, la souveraineté, les droits au travail et à la santé. La France a connu la Résistance et vous, le PCF, y étiez au premier plan. Restez des résistants pour que nous, Palestiniens, continuions à résister. Il faut continuer à travailler tous ensemble car nous allons passer des moments difficiles, pas seulement en Palestine mais aussi en Irak où l’on commet des crimes contre les civils à Falouja », ajoute-t-elle avant d’exiger la libération de Marwan Barghouti et des 7 500 prisonniers politiques palestiniens et de de saluer le journal l’Humanité pour la campagne qu’il mène pour l’élargissement du dirigeant palestinien détenu dans les geôles israéliennes. Dominique Bari

On notait notamment la présence de Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, des sénatrices Hélène Luc, Nicole Borvo, Odette Terrade, de Daniel Cirera responsable des relations internationales du PCF, de Patrick Braouezec maire de Saint-Denis, de Mouloud Aounit du MRAP, des organisations comme Collectif national pour une paix juste au Proche-Orient, de Jean Ristat.