Association France Palestine Solidarité 04

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Les oliviers derrière le mur.

Monique Etienne est partie en mission avec l’Association France Palestine Solidarité qui aide des agriculteurs à commercialiser leur huile d’olive. Une aide précieuse pour une population aux conditions de vie très difficiles. Témoignage.

Novembre 2005 : Nous arrivons en Cisjordanie en plein bouclage, en représailles pour les colons tués du côté d’Hébron. De nouveau des tonnes de terre déversées à l’entrée des villages, les jeeps de l’armée bloquant les passages ; de nouveau, la ronde des taxis empruntant les chemins détournés à travers champs pour rejoindre coûte que coûte les villes.
Autre nouveauté dans le dispositif de séparation et d’enclavement : les fameux tunnels - que les Israéliens ont ouvert pour « améliorer la circulation des Palestiniens » et pour lesquels ils ont reçu des financements européens - qui passent sous les murs et les routes confisquées aux Palestiniens. Tunnels que les Israéliens peuvent fermer selon leur bon vouloir.Une seule jeep militaire suffit désormais pour emprisonner des milliers de personnes.
Du côté de Qalqilya, trois villages se retrouvent enclavés du côté israélien du mur, totalement séparés par la colonie Alfe Menashe et les routes des colons. Non seulement les 1500 habitants de Ras Tira sont prisonniers, mais ils n’ont plus le droit d’enregistrer les naissances dans leur commune. Ils doivent les déclarer à Habla ou Wadi Rasha. Ils ont protesté auprès de la Haute Cour d’Israël qui a reconnu qu’il était anormal que ces trois zones soient isolées et qui leur a proposé de construire une nouvelle barrière pour les protéger de la colonie et un tunnel pour rejoindre Habla. L’occupant « humanise »l’Apartheid.

A Qaffin, au nord de Tulkarem, où nous nous rendons pour visiter le moulin à huile de Saïda que l’AFPS des Alpes de Haute Provence soutient, le maire, Taisir Arashi, nous raconte qu’en août dernier, le feu a pris dans les oliviers qui se trouvent de l’autre côté du mur. « L’armée a empêché les pompiers palestiniens de franchir la porte parce qu’ils n’avaient pas de permis. Et les pompiers israéliens, qui étaient massés aux bordures des vergers pour protéger le kibboutz voisin, n’avaient pas le droit d’intervenir parce que c’étaient des terres palestiniennes. Il a fallu attendre 6H pour débloquer la situation. La plupart des arbres a brûlé. » Ce sont 400 HA qui ont brûlé sur les 500 HA d’oliviers de la commune de Qaffin qui se trouvent de l’autre côté du mur.
On touche là aux conséquences directes de la construction du mur. Pour se rendre sur les terres qui se trouvent de l’autre côté, les agriculteurs palestiniens doivent avoir un permis pour passer par la porte qui leur a été assignée par la sécurité israélienne. Sur les 63 portes prévues dans cette région, seules 25 fonctionnent par intermittence et selon le « bon vouloir » des soldats. Ce permis n’est pas délivré à tous les membres de la famille, mais à l’un ou l’autre (souvent le plus âgé, ou bien les femmes), et pas pour toute l’année mais seulement pour les trois mois de la cueillette. Du coup les vergers ne sont pas entretenus. Ils sont assaillis par les ronces et les mauvaises herbes accentuant les risques d’incendie et la chute de la production de l’ordre de 80%.

LA MONTEE DE LA PAUVRETE

« En 2005, le pire est arrivé, nous dit le maire de Qaffin. Cette année nous cumulons les arbres qui ont brûlé et une récolte d’olives très faible qui a fait grimper les prix. Pour la première fois, la population est obligée d’acheter de l’huile d’olive pour sa consommation, au moment où elle est très chère, alors qu’ils n’ont pas de revenus. Ici, 90% des hommes travaillaient en Israël. La plupart avaient des olives en complément alimentaire. Avec le mur, ils ont perdu leur travail et leur terre. Nous avons évalué nos pertes à 20 millions de dollars par an. Les gens ne construisent plus, n’achètent plus de voiture, ne se marient plus. L’économie est paralysée. C’est exactement ce qu’Israël a planifié : que nous n’ayons plus d’autre choix que de partir. C’est ce que j’appelle le « transfert de son plein gré ». Le mur est l’invention de Sharon pour compléter l’issue finale : l’annexion de la Cisjordanie. Tout se fait progressivement : le vol de l’eau, des bonnes terres, des routes. La vie devient impossible. »

La paralysie du marché et la désorganisation des échanges commerciaux depuis le début de la deuxième Intifada avait entraîné la chute des cours de l’huile d’olive. Dans de nombreux villages, les fermiers nous avaient avoué leur découragement, certains producteurs ayant même cessé de soigner leur verger ou de récolter toutes les olives. Conséquence, cette année, la récolte est très mauvaise -10% de la production habituelle -, accentuant le phénomène d’alternance naturelle de la production des oliviers.

L’HUILE D’OLIVE : UN ENJEU DE DEVELOPPEMENT

L’huile d’olive palestinienne est la production agricole principale. Elle constitue à elle seule, 17% du PIB agricole et représente une très importante source de revenu pour 70 560 familles (25% de la population). La production d’huile d’olive les meilleures années atteint 20 000 tonnes, soit 4 fois la production française mais à peine 0,8 % de la production mondiale et bien souvent moins. Elle reste un atout incontournable pour une stratégie de développement et de souveraineté alimentaire.
En cherchant comment aider concrètement les Palestiniens à résister au mur, l’olivier nous est apparu comme un symbole commun à nos cultures méditerranéennes. Il fallait aider de toute urgence les fermiers à rester sur leurs terres en augmentant leur revenu par l’amélioration de leur production et l’ouverture d’un marché européen.

Répondant à l’appel de l’Union des Fermiers Palestiniens(PFU), l’AFPS des Alpes de Haute Provence a mis en œuvre, en 2004, avec le soutien du consulat général de France à Jérusalem, une « action pilote » organisée autour de plusieurs moulins : Saïda, Biddya, Qabalan et Qireh.

Cette action s’est appuyée sur le diagnostic réalisé dès 2003 par Jean-Marie BALDASSARI, expert oléicole, qui nous fait part de ses observations :

« Les olives au moment des récoltes, qui débutent au mois d’octobre alors que les températures en Palestine sont encore élevées, sont stockées dans des sacs en plastique qui provoquent des fermentations diverses, plus particulièrement des phénomènes d’hydrolyse responsables de l’augmentation du taux d’acidité. Les moulins, équipés de machines en général performantes, répondent rarement aux principes de traçabilité, d'hygiène et de sécurité alimentaire des produits, imposés par les réglementations internationales. Ils induisent le plus souvent d’autres phénomènes d’altération provoqués par de mauvais contacts ou de mauvaises odeurs qui se répandent à l’intérieur des moulins et qui par conséquent agissent négativement sur la qualité des huiles d’olive. En fin de traitement, les huiles sont généralement stockées dans des bidons en plastique jaunes d’une contenance de 18,5 litres. Ceux-ci ne sont ni totalement opaques à la lumière, ni protégés des températures extérieures et donnent lieu lors de leur manipulation à des brassages avec l’air. Ces mauvaises conditions de conservation entraînent inexorablement des phénomènes d’oxydation qui se traduisent là aussi par une forte potentialité à la dégradation de la qualité des huiles. Ces observations, assez négatives, n’ont pas exclu cependant d’apprécier de véritables savoir-faire, notamment sur les vergers, et d’affirmer que le "pas à franchir" pour aboutir à des produits de qualité n’était pas infaisable dans la mesure où il reposait beaucoup plus sur des ajustements techniques que sur de nouveaux équipements toujours onéreux. Il s’agissait de remplacer les sacs plastiques par des caissettes ajourées, d’agir sur la propreté et la modernisation des moulins, de les équiper de cuves de stockage en inox afin d’éliminer progressivement l’emploi des bidons en plastique. Ce programme s’accompagne de la formation des fermiers et des responsables des moulins à l’amélioration de la qualité des huiles d’olive conformément aux réglementations internationales, particulièrement la formation à l’analyse sensorielle.»
Jean-Marie BALDASSARI dresse un premier bilan des effets de cette action : « Environ 150 tonnes d’une huile d’olive de grande qualité ont été produites en 2004 et rémunérées aux producteurs 30 % au-dessus des cours actuels. On notera leur typicité caractérisée principalement par le goût qui fait des huiles d’olive palestiniennes des produits d’excellence assez uniques dans tout le bassin méditerranéen.»

Ce projet permet de renforcer l’organisation effective des fermiers, notamment par la création d’associations ou de coopératives, avec l’appui du PFU. En 2005, l’action a porté sur plus de 15 sites nouveaux. Il a également permis l’élaboration collective et la mise en œuvre d’une charte de qualité destinée à fédérer l’ensemble des oléiculteurs palestiniens autour d’une notion de filière et progressivement autour d’un signe de qualité qui permettra à la fois de les protéger contre des fraudes et d’assurer la promotion de leurs produits. Dans cet objectif, Jean-Marie est en train de former le premier jury national de dégustation.
Parallèlement, des liens ont été établis avec des sociétés du commerce équitable en France, dont « ANDINES », ainsi qu’en Angleterre, en Belgique et au Québec.

« Nous sommes en train de réaliser une révolution oléicole ».

Saeb BAMIAH, vice ministre de l’économie palestinienne, confirme combien ce projet était essentiel: « Nous devons redoubler d’efforts pour améliorer la qualité et les infrastructures nécessaires à la création d’une filière oléicole palestinienne structurée en interprofession, capable de répondre aux exigences du marché européen. C’est capital pour nous. Pour ce travail, nous avons besoin de vos compétences scientifiques et techniques, et vous devez, vous aussi, redoubler d’efforts pour que nous puissions développer un commerce direct, sans passer par Israël, entre nos producteurs et les circuits commerciaux. Nous avons une formidable opportunité avec l’ouverture des quotas, décidés dans le cadre des accords d’association en juin 2004 entre l’Europe et l’Autorité palestinienne qui prévoient l’entrée, dès 2005, sur le marché européen de 2500 tonnes d’huiles d’olive dédouanées. Ces huiles devront répondre aux réglementations européennes, elles devront donc être de grande qualité. »
Un enjeu capital pour l’avenir de l’oléiculture palestinienne, comme le résumait, Wisam, le directeur de la coopérative de Qireh: « Nous sommes en train de réaliser une révolution oléicole ».
Pour l’Association France Palestine Solidarité, il s’agit d’une solidarité globale qui permet d’aider concrètement la Palestine à mettre en place une logique de développement alternative d’envergure. C’est aussi pour nous, une illustration concrète de notre engagement dans d’autres rapports Nord-Sud.

Monique ETIENNE.
Responsable nationale du
groupe huile d’olive de l’AFPS.