Rapport D’ORIENTATION 2007-2008
CRIMES DE GUERRE A GAZA.
Douleur, colère, révolte, impuissance ! Plus de 1300 morts pour une population de 1,5 millions d’habitants piégés dans une zone où la densité démographique est la plus forte au monde. Plus de 400 enfants tués. Près de 7000 blessés ! Israël a utilisé contre les civils des armes nouvelles (au phosphore, à l’uranium appauvri), interdites par les Conventions Internationales !
Pour ceux qui connaissent la configuration des lieux et le rapport de forces, il faut rappeler que le Hamas n’a pas d’armée constituée, que ce n’est pas une guerre avec un champ de bataille mais qu’il s’agit d’une agression de la 5ème armée du monde contre un territoire densément peuplé et que les zones ciblées sont justement les camps de réfugiés et les zones urbaines….Nous sommes dans une configuration de résistance à une armée d’occupation où forcément, les combattants du Hamas sont mêlés à la population.
Mais l’impunité d’Israël a la vie dure. Tout spécialiste de la région sait très bien que la justification de cette agression n’a rien à voir avec les tirs de roquettes (appelés par les médias « missiles » ce qui renforce l’idée d’une menace…) que nous condamnons quand ils touchent des civils mais dont nous constatons à la fois l’inefficacité et la nocivité puisqu’ils donnent à Israël une justification pour ses représailles barbares.
Une délégation de l’AFPS04 était en Palestine le 12 Novembre quand les chars israéliens sont entrés dans la bande de Gaza après avoir assassiné des responsables du Hamas le 4 novembre. Qui a rompu la trêve qui n’a jamais été respectée par Israël ? Depuis le « désengagement » unilatéral de Gaza, dont un des proches conseillers d’Ariel SHARON, le qualifiait de « dose de formol nécessaire pour geler le processus de paix», la population de Gaza vit dans une prison à ciel ouvert, déclarée « entité hostile » par Israël, soumise à un blocus inhumain et à des attentats ciblés commis en permanence par Israël. Quant aux fameux tunnels, qui étaient d’ailleurs tolérés par Israël, ils servaient surtout à faire parvenir la nourriture pour les Gazaouis affamés en favorisant corruption et « marché noir »… Même si les tunnels étaient détruits, le commerce des armes trouverait toujours d’autres voies pour se perpétuer.
Les véritables justifications de l’agression israélienne dont on sait que les plans étaient prêts depuis 6 mois sont multiples :
- Reprendre l’offensive en effaçant l’échec de la guerre du Liban en 2006.
- Pour Kadima et les travaillistes faire un coup qui leur permette de reconquérir l’opinion à la veille des élections.
- Cette opération devait avoir lieu avant l’arrivée d’Obama.
LES VERITABLES OBJECTIFS D’ISRAEL
Enfin, l’écran de fumée du Hamas tend à nous faire oublier l’essentiel : que le processus de paix est dans l’impasse et que Gaza fait partie intégrante de la Palestine occupée.
L’objectif d’Israël en se désengageant de la bande de Gaza était bien de la couper du reste de la Palestine, de la sortir des négociations et de la rattacher à l’Egypte. La séparation fait partie de la stratégie globale de l’occupation israélienne de fragmentation de la Palestine en « bantoustans » afin de vider de tout contenu le futur Etat palestinien. Israël réactualise l’option de deux mini-États, l'un en Cisjordanie sous administration jordanienne et Gaza sous contrôle égyptien. Cette solution permettrait de tirer un trait sur les questions de Jérusalem, du retour des réfugiés et de la création d'un État palestinien dans les frontières de 1967. Mais elle se heurte aux craintes des Égyptiens et des Jordaniens. Le Caire a peur d'une contagion islamiste. Et Amman redoute d'être obligé d'intervenir en cas de désordre en Cisjordanie.
Aujourd’hui, Israël prétend apporter son soutien à l’Autorité palestinienne contre l’organisation du Hamas qualifiée de « terroriste » (qualification appliquée à l’OLP et au Fatha jusqu’à la mort d’Arafat !) alors que l’armée israélienne a systématiquement détruit l’Autorité palestinienne et ses institutions entre 2000 et 2004, martelant qu’il n’y avait plus d’interlocuteur palestinien. Qui a fait monter le Hamas sinon l’impasse dramatique du processus d’Oslo, les promesses non tenues, l’expansion des colonies …. ?
Après l’élection de Mahmoud Abbas à la Présidence en 2005, sur un programme de continuité du Processus de Paix, les dirigeants politiques et ceux de la société civile palestinienne étaient conscients que si très vite il n’y avait pas d’avancées tangibles vers la paix, l’extrémisme risquait de gagner. Pendant un an, Israël n’a fait aucun geste, au contraire : les colonies, le mur, les checks-points se sont renforcés.
En sapant l’espoir de paix des Palestiniens, en maintenant la Palestine sous économie de guerre, Israël a favorisé la corruption et la victoire du Hamas aux élections de janvier 2006 dont tout le monde a salué la tenue exemplaire….
DIVISER LE MOUVEMENT NATIONAL PALESTINIEN.
Quelle fut la réponse de la communauté internationale ? L’alignement sur Israël et les Etats-Unis qui imposaient alors le boycott des aides à toute la Palestine pour la punir d’avoir mal voté. L’Europe s’est prêté à ce jeu macabre qui a attisé les divisions inter palestiniennes et abouti au coup de force du Hamas en juillet 2007 à Gaza, entérinant la division du mouvement national palestinien et brisant ce qui en avait fait sa force : son unité maintenue jusqu’à sa mort par Yasser Arafat et malgré toutes les tragédies de l’histoire de leur lutte de libération. C’est exactement ce que voulait Israël. En encourageant depuis 1987 (en pleine Intifada) le Hamas, il lui aura fallu exactement 20 ans pour affaiblir l’OLP et briser l’espoir d’un Etat démocratique et laïque.
Comprendre ce qui se passe aujourd’hui, à Gaza oblige à resituer les enjeux : ceux d’une guerre de colonisation menée par Israël contre les Palestiniens depuis 1948, méthodiquement pensée et matérialisée par l’extension des colonies en Cisjordanie, l’annexion des terres les plus fertiles par la construction du mur (condamné par la Cour de Justice Internationale de La Haye), l’annexion de Jérusalem et de la vallée du Jourdain, la fragmentation de la Palestine par les centaines de barrages routiers et les postes de contrôle, l’étouffement de son économie.
Et pourtant, les solutions du conflit sont connues : deux Etats pour deux peuples sur les frontières de 1967 ; Jérusalem-est pour capitale de l’Etat palestinien ; droit au retour des réfugiés ; démantèlement du mur et des colonies ; libération des prisonniers! Il suffirait de forcer Israël à respecter les résolutions de l’ONU qu’il bafoue depuis 60 ans !
LES RESPONSABILITES DE L’EUROPE ET DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE.
Qu’ont fait les Etats membres de l’ONU et le Conseil de sécurité pour faire appliquer par Israël la résolution adoptée le 9 janvier 2009 (n°1860) sur Gaza ? Comme pour les centaines de Résolutions adoptées précédemment, Israël l’a balayée aussitôt d’un revers de main, déclarant qu’il n’accepterait « jamais » d’appliquer un « droit » venu de l’extérieur.
Hypocritement, l’Europe fait la sourde oreille, finance en Palestine, des projets de développement systématiquement détruits par Israël, et ne réclame ni sanctions ni réparations. Elle dispose pourtant des outils économiques et juridiques pour lui imposer des sanctions en appliquant l’article 2 de suspension des Accords d’association économique. Au lieu de cela, sous la houlette de Bernard Kouchner, les ministres des Affaires étrangères européens en acceptant, en décembre 2008 contre l’avis du Parlement Européen, de rehausser la coopération de l’Europe avec Israël, lui ont donné un signal d’impunité l’autorisant à commettre son agression préparée de longue date contre Gaza.
Devant les crimes de guerre - voire contre l’humanité - commis à Gaza, l’urgence est d’exiger la levée du blocus de gaza et de parvenir à imposer des sanctions contre l'Etat d'Israël Ce que nous visons, c'est la cessation de l'impunité pour obtenir la cessation des crimes, c'est-à-dire que nous voulons à la fois des sanctions contre l'Etat d'Israël et la condamnation pénale des personnes coupables de crimes contre les Palestiniens.
LE NOUVEL ENNEMI ; LE TERRORISME ET LA PLACE D’ISRAEL DANS L’OTAN.
Après le 11 septembre, l’ennemi global est enfin trouvé : c’est « le terrorisme ». En fait ce concept d’ennemi global est complété par « l’invention d’ennemis terroristes locaux » permettant d’étendre la zone de compétence de l’OTAN du Moyen-Orient à l’Asie Centrale. L’objectif devient donc la conquête par la force du « Grand Moyen-Orient » Parallèlement l’Iran,le Hezbollah et le Hamas sont classés comme « ennemis terroristes ».
Dans ce contexte « sécuritaire », la place et le rôle d’Israël – sa fonction géostratégique – et son rapport à l’OTAN deviennent des questions décisives et on assiste à une identification totale de la politique extérieure américaine avec celle d’Israël Les Etats-Unis après avoir fait rentrer le conflit israélo-palestinien dans le cadre de la guerre froide, l’associent désormais à la guerre permanente contre le terrorisme. Israël devient un membre associé de l’OTAN participant à des manœuvres navales communes en Méditerranée et ayant accès à la planification militaire de l’OTAN établie par les Etats-Unis. L’articulation du système militaire israélien et l’OTAN se renforce jusqu’à envisager une adhésion formelle. Les étapes du processus se précisent : et en 2008, c’est l’idée de déployer des troupes OTAN en Cisjordanie...
Le 2 décembre 2008 : trois semaines avant l’attaque israélienne contre Gaza, l’OTAN a ratifié le « Programme de coopération individuelle » avec Israël. Ce programme couvre une vaste gamme de domaines dans lesquels « l’OTAN et Israël coopéreront pleinement » : contre-terrorisme (échange d’informations entre les services de renseignement) ; connexion d’Israël au système électronique OTAN ; coopération dans le secteur des armements ; augmentation des manœuvres militaires conjointes OTAN- Israël ; élargissement de la coopération dans la lutte contre la prolifération nucléaire (visant bien entendu l’Iran, tout en « oubliant » qu’Israël unique puissance nucléaire de la région a refusé de signer le TNP (Traité de Non-Prolifération).
11 janvier 2009 : Près de deux semaines après le début de l’attaque israélienne, le secrétaire général de l’OTAN s’est rendu en visite officielle en Israël dans le cadre du « Dialogue méditerranéen ». Dans son discours, il a répété que « le Hamas, avec ses attaques continuelles de missiles contre Israël, a endossé la responsabilité des terribles souffrances du peuple qu’il dit représenter ».
Le 16 janvier 2009, un accord Etats-Unis/Israël est signé entre Condoleeza Rice et Tzipi Livni qui prévoit une coopération étroite entre les services de renseignements pour « identifier la provenance des armes qui entrent à Gaza » et prévoit aussi un blocus terrestre et maritime pour empêcher cette « contrebande ». Dans la foulée, T. Livni invite l’OTAN à participer à cette opération. Le 18 janvier 2009, aux premiers jours du cessez-le-feu, s’est tenu le sommet de Charm El Cheikh, convoqué par Moubarak et Sarkozy pour tenter de consolider la trêve décidée à la fois par Israël et par le Hamas. Le soir même, Nicolas Sarkozy se retrouve en Israël avec cinq autres dirigeants européens pour montrer que les Européens sont « aux côtés d’Israël pour assurer son droit à la sécurité ». Les Européens, par la voix de Sarkozy, annoncent leur soutien à la décision américaine de participer à la surveillance de la frontière entre Egypte et Bande de Gaza. Ils proposent « de mettre à la disposition d’Israël et de l’Egypte, tous les moyens techniques, diplomatiques et militaires, notamment naval, pour aider à arrêter le trafic d’armes vers Gaza ». Quelques jours après , Sarkozy envoie une frégate dans le secteur. Ainsi émerge la nature véritable de l’opération sous l’égide de l’OTAN dans laquelle la France joue un rôle de pointe : soumettre Gaza à un nouveau type d’embargo camouflé,tout en continuant à soutenir et à armer Israël.
L’INCONTOURNABLE DIALOGUE AVEC LE HAMAS.
Le refus de dialogue avec le Hamas par la communauté internationale, et plus particulièrement de l'Europe et de la France, outre qu’il piétinait les principes de la démocratie que nous prétendions défendre lui fait porter une énorme responsabilité dans la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. I
Il est aberrant de refuser de reconnaître le Hamas comme une des forces les plus actives de la résistance, comme une des parties légitimes de la société palestinienne et comme un courant qui a été reconnu dans des élections. Ce qui n’empêche pas d’interroger et d’évaluer, à partir d’une analyse critique, sa politique, ses projets et ses pratiques. Il faut insister sur la contradiction politique (et non religieuse) qui travaille le Hamas. Certains d’entre eux rêvent d’un état théocratique, à opposer à un autre état théocratique, celui d’Israël, et défendent une conception de la société porteuse de dangers pour les libertés individuelles et collectives. D’autres se définissent par rapport à la situation et sont conscients de la nécessité de construire l’unité.
En tous cas, le Hamas, sort politiquement grandi de cette dernière agression même s’il a été affaibli militairement. Les dirigeants israéliens ont choisi, classiquement comme tous les colonisateurs, de renforcer les courants extrémistes du Hamas, pour tenter de disqualifier la Résistance. Ils ont réussi en fait à lui donner une plus grande légitimité. Il a réussi à être identifié comme le premier acteur de la résistance palestinienne à l'instar de l'OLP dans les années 1970, alors que pour le Hamas la résistance à l’occupation n‘était pas une fin mais un moyen.
C’est Jean François-Poncet qui après avoir rencontré Khaled Mechaal, le responsable de l'aile politique du Hamas, reconnaît que celui-ci « est manifestement devenu un acteur incontournable de la scène moyen-orientale et un partenaire dont on ne pourra pas se passer dans le cadre d'un règlement du conflit entre Israël et les Palestiniens. Le Hamas n'est plus le mouvement révolutionnaire et religieux que l'on veut bien décrire. Ce mouvement a aujourd'hui une audience réelle parmi les Palestiniens, probablement plus que n'en a Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne. Le sentiment que j'ai eu est qu'il se situe désormais dans le cadre d'une négociation avec Israël. Le Hamas est encore sur la liste des organisations terroristes, mais nous avons le sentiment que cette phase de son développement est dépassée. »
On assiste ces derniers jours à un combat pour le leadership, qui se concentre sur la reconnaissance du rôle de l’OLP, jusque là incontestable représentant légitime des Palestiniens, désormais contesté par le Hamas qui ne lui reconnaît plus cette légitimité si celle-ci ne se réforme pas en intégrant le Hamas comme membre à part entière(ce qui était rappelons-le, un des objectifs d’Arafat).
Le mouvement national palestinien sous sa forme progressiste est en crise. Aujourd’hui, même si nous pouvons le déplorer au regard de l’idéologie qui l’anime, le Hamas et le Hezbollah en constituent de nouvelles formes incontournables.
LA STRATEGIE DU HAMAS.
Quand nous étions en Palestine, en novembre, le Hamas venait de refuser de se rendre au Caire rencontrer l’Autorité palestinienne et avait décidé de reprendre les tirs de roquette. Les analyses des Palestiniens consistaient à dire que le Hamas cherchait à regagner une légitimité en pensant que la situation (pour les mêmes raisons que celles d’Israël- élections en Israël, changement de pouvoir aux USA, enlisement en Afghanistan et en Irak- était propice pour ouvrir des possibilités d’imposer un nouveau rapport de forces et d’acculer encore plus M.Abbas et l’Autorité palestinienne à l’impuissance et à l’impasse du dialogue. D’autant que le Hamas avertissait Abbas qu’à partir du 9 janvier – date d’expiration du mandat présidentiel- il ne reconnaîtrait plus sa légitimité.
Les observateurs disaient que le Hamas misait sur une relance de la répression israélienne pour se repositionner comme moteur de la résistance. Certainement, il n’avait pas anticipé une telle violence et des massacres d’une si grande ampleur de la part d’Israël.
On voit bien que la stratégie du Hamas qui ne pense la résistance que dans la logique de la Force non seulement conduit à une impasse mais n’apporte aucune alternative crédible au peuple palestinien. Elle n'est pas liée à la recherche de véritables avancées politiques mais à des raisonnements qui visent uniquement à conforter sa propre assise.
Le retour au dialogue inter palestinien est indispensable, mais plus le temps passe plus le Hamas va augmenter son niveau d'exigence. Un compromis a été raté en février 2007 lorsque le Hamas avait accepté une participation minoritaire au gouvernement. Il avait également reconnu les principes de la charte de l'OLP, une organisation qu'il pourrait bien au bout du compte intégrer.
L’IMPASSE DE L’AUTORITE PALESTINIENNE ET DE L’OLP.
Mahmoud Abbas conduit des négociations internationales qui ne mènent à rien. Le président palestinien va d'échec en échec pour le plus grand bien d'Israël. Il apparaît de plus en plus comme un jouet aux mains d’Israël et des Américains. Il reste conséquent avec lui-même puisqu’il ne croit qu’au dialogue et ne croit pas à la résistance populaire. Il était contre la 2è Intifada. Il se méfie de la société civile. Mais l’intransigeance d’Israël qui ne lâche rien ferme toute perspective de paix. Il a échoué parce qu’il n’a rien gagné. De plus il ne contrôle ni le terrain, ni le Fatha.
C’est la stratégie fondamentale de deux Etats qui est en danger de mort. C’était celle du Mouvement national démocratique depuis 20 ans ; ce qui accentue la crise de ce mouvement. Nous avons l'impression d'un retour en arrière. Les acquis d'Oslo sont partis en fumée avec la deuxième Intifada qui n'a pas permis de déboucher sur de nouvelles conquêtes à l'issue de la lutte. Les structures de l'Autorité palestinienne ont été détruites, des militants sont morts, d'autres sont toujours emprisonnés.
L’OLP, et plus particulièrement le Fatah, est aussi dans une position contradictoire. Certains sont englués dans le pouvoir et leurs responsabilités dans la crise de l’OLP sont certaines. Ils sont aussi accusés sans relâche d’autoritarisme et de corruption. Cette corruption et cette impuissance sont largement réelles. D’autant que le refus de toute avancée dans les négociations vient renforcer le mécanisme des aides, productrices de rentes et de dépendance et favorisant toutes les dérives. Pour autant, tous les cadres de l’OLP ne sont pas tous corrompus et nous en connaissons qui ont consacré leur vie à la résistance et à leurs idées.
Il existe toujours une Autorité qui paie les salaires, contrôle les forces de sécurité en Cisjordanie. L’administration fonctionne – services de santé, éducation -. Même si on ne peut parler d’économie réelle faute de stabilité et d’un environnement normal pour encourager des investissements.
L’exigence de démission de l’Autorité palestinienne grandit au sein de la société. Mais c’est une hypothèse qui, pour beaucoup de Palestiniens, semble irréaliste car elle risquerait de provoquer une crise humanitaire énorme.
Les dirigeants israéliens ont choisi de faire cadeau au Hamas de la disqualification de l’Autorité, en jouant à la ridiculiser. Ils espèrent ainsi disposer d’un pouvoir faible et discrédité qui leur laissera les mains libres pour leur politique de colonisation.
Du point de vue des perspectives :
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Le Fatha est en crise et ne semble pas encore prêt à tenir son congrès, ni à élaborer une alternative crédible. Il est partagé entre ceux qui n’ont toujours pas digéré la victoire électorale du Hamas, qui acceptent de s’appuyer sur l’armée israélienne pour s’en débarrasser et ceux qui pensent qu’il faut reprendre le fil de la résistance et construire l’unité du peuple palestinien.
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Même si en novembre dernier les forces populaires de gauche (FP-FD,PPP) ont signé un Accord, ils n’ont pas réussi à constituer une 3è voie.
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Seul Marwan Barghouti semble garder le cap de l’unité des forces nationales palestiniennes et de sa prison plaide pour un gouvernement d’unité nationale et pour une résistance populaire.
LA SOCIETE CIVILE PALESTINIENNE.
Pendant l’agression et les massacres à Gaza, en Cisjordanie il y a eu des mouvements de protestation –encadrés et réprimés par la police palestinienne soutenant le Fatha contre le Hamas- et des actes de solidarité mais il y a aussi beaucoup d'amertume, de déception et de fatigue chez les habitants de Cisjordanie. Les Palestiniens passent leur temps devant les écrans de télévision sans trouver de forme d'expression politique pour traduire leur colère. Le désarroi et l'impuissance face aux événements provoquent une inquiétude profonde. Car les gens ont conscience que l'ensemble du projet national palestinien est remis en cause.
Ce que nous avons pu constater en février et en novembre c’est ce sentiment d’attente. On s’acharne à vivre, à trouver des issues personnelles. Les gens sont fatigués. Ils en ont marre des rhétoriques, des défaites, du cycle des violences. Ils ont besoin de se reconstruire. En absence de perspective, le tout est de rester sur leur terre, de tenir.
- Un rôle actif des Palestiniens d’Irsaël.
Les Palestiniens qui ont le plus d’énergie et qui bougent de façon nouvelle sont les Palestiniens d’Israël.
- La résistance populaire contre le mur.
La question de la résistance populaire non-violente contre le mur s'avère être de plus en plus à l'ordre du jour. On peut citer en particulier : la troisième conférence de Bil'in en juin et l'extension de la lutte, la violente répression récente à Bil'in et à Nilin qui a fait deux morts et des blessés graves dont un membre de Génération Palestine, la tournée en France d'un membre des Anarchistes contre le mur, la demande de soutien de leur part, le débat AFPS (avec Génération Palestine) sur la résistance populaire non violente actuelle.
Ce mouvement, né en dehors des partis mais pas contre eux, est le seul mouvement de résistance active clairement unitaire de la société civile palestinienne qui peut aider à remodeler un système politique palestinien en crise profonde dont l'image démoralise et démobilise une partie du mouvement de solidarité et de l'opinion publique.
Pour le mouvement de solidarité, et pour l'AFPS en particulier, le soutien à cette lutte contre la colonisation et le mur, qui se construit toujours et qui a mobilisé et unifié le mouvement en France, doit être une priorité stratégique.
LES TACHES DU MOUVEMENT DE SOLIDARITE.
Tout d’abord, dire que la situation n’est pas la plus favorable. L’absence de perspectives en Palestine pèse énormément sur le mouvement. Comme dit Michel Warshawski, c’est le mouvement de libération palestinien qui était le moteur de la solidarité, capable d’entraîner des mobilisations de masse.
Pendant l’agression de Gaza, nous avons pu constater une grande mobilisation : nous avons tenu en France le 17 janvier les plus grandes manifestations de soutien aux Palestiniens. Mais l’émotion légitime ne donne pas pour autant des perspectives en Palestine.
Nous ne devons pas nous cacher qu’il y a des menaces sur le mouvement de solidarité :
- De division (choisir de soutenir tel ou tel mouvement palestinien ; Etat binational ou deux Etats).
- De radicalité avec le risque d’isolement (refus des alliances et du travail avec les élus ; refus d’agir pour le respect du Droit international ; critique absolue des Institutions –mondiales ou européennes-)..
- De sentiment d’impuissance conduisant au fatalisme : « ce qu’on fait ne change rien ! »
D’où la nécessité de réflexion collective, de discussion et de confrontation de nos points de vue.
L'AFPS et le mouvement de solidarité aujourd'hui
La dernière sanglante attaque israélienne sur la Palestine a mis en évidence sa vitalité par la mise en œuvre de la dynamique nationale à partir de ses groupes locaux dès le premier jour de l'attaque, mobilisation qui ne doit pas se relâcher et qui ne se relâche pas.
Dans certaines régions, particulièrement dans la région Ile de France, beaucoup de nouveaux acteurs associatifs récents interviennent, surtout depuis 2002. C'est un des points très positifs et importants du mouvement de solidarité avec la Palestine. La diversité du paysage associatif français doit renforcer et enrichir cette solidarité en faisant s'articuler les complémentarités. Elle ne doit pas créer des réflexes de surenchère ou de rivalité. Ces réflexes, assez fréquents depuis quelque temps, favorisent les manipulations. Ils sont préjudiciables à un bon climat, à un fonctionnement démocratique, à une vraie réflexion politique et stratégique et donc à l'efficacité de la solidarité avec la Palestine.
Or, si, à toutes les époques, les nouveaux venus dans le domaine de la solidarité avec la Palestine constituent un enrichissement indiscutable et indispensable – davantage de mobilisation, une relève assurée sur cette question d'une longévité exceptionnelle par plus de jeunesse , des approches nouvelles – certains d'entre eux (pas toujours les plus jeunes) manifestent, dès leur arrivée dans le milieu, une impatience et des modes de fonctionnement qui peuvent créer un climat facteur de division, difficile pour qui veut, comme l'AFPS, préserver l'unité du mouvement. Une sorte de concurrence s'instaure entre certaines associations et avec l'AFPS, ce qui est gênant pour l'efficacité du travail. Ce phénomène est plus marqué dans les périodes de forte charge émotionnelle.
D'où la nécessité de faire le point et de définir clairement la position de l'AFPS et sa stratégie.
Les fondements de notre solidarité
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Notre soutien va à la résistance du peuple palestinien dans son ensemble. C’est à lui de choisir les formes de sa lutte et de sa résistance. Il ne faut pas entrer dans le jeu manipulé de la division entre l’OLP et le Hamas. Les divisions de la résistance sont un facteur d’affaiblissement ; elles compliquent aussi les tâches de la solidarité. C‘est au peuple palestinien de trouver le chemin de l’unité de la résistance. Notre soutien doit éviter tout ce qui peut accroître ses divisions et soutenir tout ce qui va dans le sens de son unité.
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La question centrale de la société israélienne est celle de la colonisation, d’un Etat et d’une société coloniale. Notre solidarité va d’abord vers les forces anti-coloniales. Il s’élargit à toutes les forces de paix dans la société israélienne, et dans la région, tout en rappelant le refus de la colonisation.
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La solidarité doit renforcer également à travers des partenariats l’autonomie et l’organisation des sociétés civiles
Agir contre l’impunité d’Israël.
Au sein du mouvement de solidarité, le propos n'est pas seulement de démontrer qu'Israël commet des crimes de guerre, voire des crimes contre l'humanité, il est d'obtenir que ces crimes soient sanctionnés réellement.
Ce que nous visons, c'est la cessation de l'impunité pour obtenir la cessation des crimes, c'est-à-dire que nous voulons à la fois des sanctions contre l'Etat d'Israël et la condamnation pénale des personnes coupables de crimes contre les Palestiniens.
Concernant les sanctions de l'Etat d'Israël tant qu'il violera les principes de l'ONU, le droit international, les droits humains, et ses propres obligations, nous avons deux levier principaux :
- les pressions sur les gouvernements et sur les organisations internationales ou intergouvernementales pour obtenir des sanctions d'ordre économique et politique, comme par exemple, la campagne pour la suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël,
- la campagne internationale "Boycott, désinvestissement, sanctions" que, dans chaque pays, chaque association décline en fonction des situations locales pour qu'elle soit efficace. Elle consiste en une campagne de consommation des citoyens visant à ne pas acheter (boycott) de produits israéliens dont on ne peut pas déterminer s'ils ne viennent pas des colonies en territoire palestinien ; des actions visant à des "désinvestissements" dans les entreprises qui contribuent ou participent à l'occupation du territoire palestinien par Israël (notre action contre le tramway) ; et toutes les autres formes de pressions possibles.
Ce sera l’enjeu cette année de la campagne pour les Européennes dont il faudra se saisir pour exiger que l’Europe joue enfin son rôle
- en imposant des sanctions à Israël,
- en intervenant dans le conflit pour exiger le respect du Droit et des résolutions des Nations Unies qui sont la base d’un règlement du conflit, qui passe par la décolonisation des territoires, la levée du blocus de Gaza, le droit reconnu des Réfugiés palestiniens, et l’établissement d’un État palestinien pleinement souverain sur l’ensemble des territoires occupés.
Ce rapport a été adopté à l’unanimité. |